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« Ainsi sera l’avènement du Fils de l’homme »

- par Domuni


« Ainsi sera l'avènement du Fils de l'homme » 

Message pour le 1er dimanche de l’avent, 2 décembre 2007
par le frère Jean-Marc Gayraud
Évangile : Mt 24, 37-44

« Ainsi sera l’avènement (parousia) du Fils de l’homme » (v.37.39)

L’évangile de ce premier dimanche de l’Avent oriente dès le début toute notre attention sur l’avènement, la manifestation du Christ ressuscité venant inaugurer le Règne de Dieu sur toute la création. Avènement d’une plénitude, d’un accomplissement venant dévoiler par le fait même ce qui pouvait manquer à l’humanité, à la création et à l’histoire hors cet avènement. Ce manque et cet accomplissement confèrent à la lecture de ce jour sa tonalité propre : joie et bouleversement, désir et trouble, renouvellement et questionnement. L’inclusion de l’épisode de Noé entre deux expressions identiques relatives à cet avènement (v.37.39) nous situe bien au cœur de cette double perspective.

« Décréation » et recréation résument l’histoire de Noé. A l’engloutissement dans les eaux primordiales d’une création assujettie aux puissances du Mauvais succède l’avènement d’une nouvelle création que Noé peut habiter parce qu’il « marche avec Dieu » (Gn 6, 9). Notre évangile souligne l’insouciance, la légèreté, l’aveuglement et la vanité des contemporains de Noé qui n’avaient rien vu venir et ne se doutaient de rien. Il attire notre attention sur l’étroitesse et la superficialité consternantes de leur champ de vision et de leur espace de vie. Boire, manger, se marier, cela suffit. Une véritable torpeur humaine et spirituelle avait fini par les envahir à ne rien soupçonner de leur propre égarement, à ne plus rien chercher du tout, rien d’autre que d’occuper leur temps à ce grand divertissement toujours et tout de suite à disposition. A l’instar d’un monde où l’autosuffisance a supprimé le manque, la consommation le désir, la possession des biens la liberté de cœur, ces contemporains de Noé étaient devenus tout à fait incapables de prêter l’oreille et de préparer leur cœur à l’avènement du monde nouveau.

La venue du « Fils de l’Homme » constitue une surprise. Mauvaise surprise ou surprise bienheureuse selon l’état du cœur de l’homme. Le Fils de l’Homme vient comme un voleur. L’heure de sa venue est tout à fait hors de contrôle et ceci est fondamental. Le maître de maison aurait bien évité que le voleur n’entrât chez lui s’il avait pu connaître l’heure de son passage. Qui prétend posséder et contrôler sa propre vie ne permettra jamais que le Fils de l’Homme entre chez lui, son cœur sera verrouillé de tous côtés. Le Fils de l’Homme doit nécessairement nous surprendre pour entrer chez nous et pouvoir transformer notre vie ! Son surgissement doit bouleverser l’espace rangé, protégé, sécurisé et toujours plus ou moins clos de la vie de l’homme. Car cette humanité qui veut se faire elle-même est beaucoup trop à l’étroit pour ce que Dieu veut en faire. Elle est telle cependant qu’elle ne peut se passer de construire sa propre maison et garantir sa vie pour l’avenir. La question est de savoir si portes et fenêtres sont ouvertes ou fermées, si l’hôte du lieu attend ou non quelqu’un qui doit venir. Nul n’assure sa vie sur l’avenir en se protégeant de celui qui est à venir. L’évangile nous invite donc à veiller, non point pour se défendre mais pour apprendre à être sans défense. Il faut régulièrement regarder par la fenêtre, ne pas sombrer dans l’obsession de son bien disponible et être prêt à tout instant à sortir à la rencontre de celui qui vient. Attention aux affaires de sa maison et attente de celui qui vient vont de pair, à l’opposé d’une installation obsédante dans l’espace clos de son propre monde et une évacuation dans les profondeurs de l’oubli de l’avènement du monde nouveau.

Car il vient, il est déjà présent sur le pas de la porte et il frappe. Sa venue se décline au présent de notre vie (v. 44, verbe au présent). L’humanité ne cesse de vaquer à ses occupations et elle se doit d’être présente en effet à ses affaires humaines, il faut bien labourer le champ et moudre le blé pour vivre. Mais quelque activité que ce soit et quelqu’état de vie que ce soit sont indifférents par eux-mêmes à l’égard de la venue du Fils de l’homme. Rien ne semble distinguer un ouvrier d’un autre ouvrier, un couple d’un autre couple, un religieux d’un autre religieux. Le geste, le baiser et l’habit sont identiques ! Rien ne semble ni ne doit distinguer le veilleur d’aurore sans déclin de ses semblables quand il s’agit d’investir humainement nos réalités humaines. C’est l’invisible disposition du cœur qui fait toute la différence. A l’heure surprenante pour tous de l’avènement du « Fils de l’Homme », voici que l’un sera pris et l’autre laissé. Il s’agit donc de laisser ou non l’initiative en toutes choses à Celui qui vient, d’inscrire en creux cette initiative, en lettres d’or, en caractères indélébiles sur la matière changeante et mouvante de nos occupations et préoccupations humaines. Et c’est bien dans la quotidienneté de ces occupations que "Celui qui vient" tient à surgir inopinément. C’est en effet dans ce qui nous est le plus commun que peut apparaître seulement l’inédite nouveauté de son avènement, dans le plus habituel le plus insoupçonné, dans le plus familier l’inédit de sa présence, dans ce qui nous est le plus intime la manifestation souveraine de sa transcendance. Il est grand temps de laisser le Seigneur (v. 42) de l’histoire et de chacune de nos vies prendre en charge, comme au temps de Noé, le devenir de toutes choses.

Jean-Marc Gayraud,
dominicain

Evangile selon saint Matthieu, chapitre 24, versets 37 à 44

37i Jésus parlait à ses disciples de sa venue : « L’avènement du Fils de l’homme ressemblera à ce qui s’est passé à l’époque de Noé.
38 A cette époque, avant le déluge, on mangeait, on buvait, on se mariait, jusqu’au jour où Noé entra dans l’arche.
39 Les gens ne se sont doutés de rien, jusqu’au déluge qui les a tous engloutis : tel sera aussi l’avènement du Fils de l’homme.
40 Deux hommes seront aux champs : l’un est pris, l’autre laissé.
41 Deux femmes seront au moulin : l’une est prise, l’autre laissée.
42 Veillez donc, car vous ne connaissez pas le jour où votre Seigneur viendra.
43 Vous le savez bien : si le maître de maison avait su à quelle heure de la nuit le voleur viendrait, il aurait veillé et n’aurait pas laissé percer le mur de sa maison.
44 Tenez-vous donc prêts, vous aussi : c’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’homme viendra.

Texte de l’Évangile © Copyright AELF - Paris - 1980 Tous droits réservés.



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