Message pour le 2e dimanche de l’Avent, 9 décembre 2007
par le frère Jean-Marc Gayraud, op
Évangile : Mt 3, 1-12
out droit sorti du désert, Jean-Baptiste se dresse devant nous alors qu’est imminente la venue du Seigneur. Le Baptiste résume à lui tout seul, l’attente séculaire et multiforme du peuple de la promesse, arrivé qu’il est désormais, au seuil de son accomplissement. A ce moment décisif, rien, strictement rien ne doit plus distraire une attention qu’il s’agit d’orienter toute entière vers Celui qui vient. Tout ce qui détournait le regard et le cœur de la promesse à venir, tout ce qui éloignait chaque fois davantage la perspective de cet avènement, tout ce qui faisait plonger dans l’oubli du séjour des morts l’espérance du salut, tout ceci ne doit plus du tout faire opposition ni se dresser devant Celui qui vient. C’est du désert de toutes les purifications et de toutes les conversions qu’il convient donc de préparer le chemin du Seigneur.
Dernier des prophètes et prophète absolument singulier pour être celui du seuil, le personnage du Baptiste possède l’épaisseur, l’amplitude et l’originalité unique que lui confère cette rencontre. L’espérance du salut doit se consumer jusqu’au bout pour atteindre avec lui son point d’incandescence ultime. Les traits du Baptiste que trace pour nous l’évangile de ce jour font tous entrevoir quelque peu cette vocation unique qui est la sienne. Au moment même où ces traits s’affirment avec le plus de vigueur, ils s’effacent pour laisser apparaître le visage de "Celui qui vient". Au moment même où l’arbre de l’antique espérance se trouve être gorgé de sève jusqu’à une saturation annonciatrice de sa fin prochaine, voici que l’inédite nouveauté du plus beau fruit jamais sorti de terre est maintenant en train d’apparaître.
S’il en est bien ainsi, il n’est pas étonnant que ce soit la figure d’Elie qui donne au Baptiste les traits permettant de dessiner le mieux sa propre vocation. Ce prophète de feu rempli de jalousie pour la Gloire de Dieu (1 R 17-19), ce prophète du désert vêtu de poil et de ceinture de peau (cf. 2 R, 1,8 ; v.4), ce prophète emporté au ciel et dont le retour était attendu aux temps derniers pour préparer la venue imminente du Messie, ce prophète-là donne au Baptiste les traits du Précurseur de Celui qui vient. Attente et rencontre, espérance et accomplissement trouvent ainsi, à travers la figure d’Elie, leur point de convergence dans le personnage du Baptiste. Cette convergence est telle du point de vue de son originalité et de son unicité qu’elle se dépasse elle-même dès lors qu’elle vient à se produire : Celui qui vient finit par faire exploser de tous côtés les chemins de l’espérance convergeant infailliblement vers Lui.
C’est pourquoi le Baptiste peut être situé du côté de l’ancienne ou de la nouvelle Alliance pour se trouver à ce point insaisissable de leur rencontre. Matthieu à tendance à le placer du côté de la nouvelle Alliance et il mettra mot pour mot la prédication du Baptiste dans la bouche de Jésus (v. 3,2 ; 4,17). Il nous enseigne par là combien la conversion, le changement de mentalité et la disposition profonde du cœur (metanoia), le détournement des voies du Mauvais et l’orientation vers "Celui qui vient", combien tout ceci ne saurait être jamais que le fruit de ce venir vers nous de « Celui qui vient ». Il nous enseigne également par là combien la reconnaissance du Christ se produit aux lieux les plus éprouvés et les plus avérés de nos attentes. L’expérience du Christ, l’inauguration du « Royaume des cieux » se laisse déjà pressentir dans cette démarche. Autant « Celui qui vient » se fait chaque fois plus proche, autant il bouleverse, détourne du Mauvais, retourne et libère le cœur de l’homme en vue de cet avènement.
Ce moment de la rencontre au désert avec « Celui qui vient » et qui fait toutes choses nouvelles, c’est le temps du jugement. Celui qui baptise dans « l’Esprit-Saint et le feu » doit consumer tout ce qui portait en soi le venin de mort de l’antique serpent (v.7 ; cf. Is 14,29). L’arbre qui se dessèche doit être coupé à la racine pour qu’il puisse être sauvé et vivre. La paille doit être brûlée et le blé précieusement engrangé. Le feu de l’amour divin est nécessairement feu du jugement. Dieu est un feu dévorant et la puissance créatrice de son Esprit-Saint doit avoir raison de toute puissance de mort et d’anéantissement. L’amour de notre Dieu est un amour tourmenté, inquiet, un amour qui voudrait pareillement inquiéter et tourmenter le cœur somnolant de l’homme. La conversion du cœur commence par la découverte de ce tourment de Dieu pour le devenir de l’homme. Le langage si abrupt et si radical du Baptiste est le gage le plus sûr que Dieu ne se moque pas de nous quand il entreprend de venir vers nous et de nous tourner vers Lui. Celui qui est touché au cœur par le tourment de Dieu ne peut plus se moquer de Dieu et il entreprend alors un chemin de conversion au plus intime de son cœur. Le Baptiste est la figure par excellence de celui que le tourment de Dieu a tourmenté entièrement au point qu’il n’est plus rien devenu sinon « la voix criée dans le désert » (v. 3 ; Is 40,3).
Dieu veut nous sauver lui-même et nous sauver de nous-mêmes. C’est pourquoi il est un Dieu du jugement. Sa colère qui gronde et résonne dans les propos du Baptiste est refus de l’inéluctable destin de mort d’un homme abandonné à lui-même, à sa cruauté, son incroyable légèreté, son aveuglement et sa suffisance. Dieu ne peut se résoudre jamais à nous perdre. La colère de Dieu est la plus pure expression de la sainteté de Dieu lorsqu’elle est confrontée à l’homme pécheur. Il s’agit par conséquent d’emplir ce présent de la présence de Celui qui vient, il s’agit d’être tourné vers cet à venir de Dieu et de lâcher les amarres qui enchaînent l’homme à son passé et son destin de mort. L’Alliance qui déjà se façonne dans ce venir de Dieu nous libère et génère du nouveau absolument, c’est de ce côté-là qu’il faut résolument se tourner, vers le devant, le Dieu-à-venir. Il faut devenir fils d’Abraham, il faut partir sans plus tarder vers la terre de promesse et laisser au Seigneur le soin de nous guider selon ses vues à Lui. Quiconque s’enferme dans son passé suffisant, insuffisant, satisfaisant ou non, celui-là ne peut pas être fils d’Abraham (v. 9). Tout passé quel qu’il soit ne doit plus être jamais une prison pour personne mais devenir le terrain bien préparé qui peut voir germer l’imprévisible nouveauté du Dieu de l’Alliance. A tout homme désormais, quel qu’il soit et quelque soit le parcours de sa vie, s’offre dès à présent et dans le présent le chemin d’avenir du Dieu qui vient.
Évangile selon saint Matthieu, chapitre 3, versets 1 à 12
1 En ces jours-là, paraît Jean le Baptiste, qui proclame dans le désert de Judée :
2 « Convertissez-vous, car le Royaume des cieux est tout proche. »
3 Jean est celui que désignait la parole transmise par le prophète Isaïe :
A travers le désert, une voix crie :
Préparez le chemin du Seigneur,
aplanissez sa route.
4 Jean portait un vêtement de poils de chameau, et une ceinture de cuir autour des reins ; il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage.
5 Alors Jérusalem, toute la Judée et toute la région du Jourdain venaient à lui,
6 et ils se faisaient baptiser par lui dans le Jourdain en reconnaissant leurs péchés.
7 Voyant des pharisiens et des sadducéens venir en grand nombre à ce baptême, il leur dit : « Engeance de vipères ! Qui vous a appris à fuir la colère qui vient ?
8 Produisez donc un fruit qui exprime votre conversion,
9 et n’allez pas dire en vous-mêmes : ’Nous avons Abraham pour père’ ; car, je vous le dis : avec les pierres que voici, Dieu peut faire surgir des enfants à Abraham.
10 Déjà la cognée se trouve à la racine des arbres : tout arbre qui ne produit pas de bons fruits va être coupé et jeté au feu.
11 Moi, je vous baptise dans l’eau, pour vous amener à la conversion. Mais celui qui vient derrière moi est plus fort que moi, et je ne suis pas digne de lui retirer ses sandales. Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et dans le feu ;
12 il tient la pelle à vanner dans sa main, il va nettoyer son aire à battre le blé, et il amassera le grain dans son grenier. Quant à la paille, il la brûlera dans un feu qui ne s’éteint pas. »Texte de l’Évangile © Copyright AELF - Paris - 1980 Tous droits réservés.

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