Bruxelles, fr Michel Van Aerde op
Ils étaient deux et ils quittaient l’Eglise. Ils abandonnaient Jérusalem et la communauté, ils avaient perdu la foi, l’espérance et peut-être même la capacité d’aimer. Ils étaient tristes, amers, déçus, déprimés, bientôt aigris.
Ils sont des millions aujourd’hui qui abandonnent l’Eglise et vont leur chemin le regard fixe tandis que la nuit approche inexorablement.
Les deux disciples sont silencieux, écrasés par un fardeau trop lourd, ne pouvant plus se raconter d’histoires, incapables de sourire et même d’imaginer, ils ne font plus confiance aux mots, parce que la parole les a trahis. Ils ne peuvent plus lever les yeux parce que l’horizon s’est fermé. Quelque chose s’est éteint en eux, qui était la vie.
C’est dans ce creux sans fond, dans cette noyade à la fois psychologique et morale, que le Ressuscité se rend présent. Sa résurrection ne le rend pas absent. Il ne s’est pas enfui dans les décors triomphalistes d’une Eglise céleste. Il n’a pas déserté les errances humaines, il marche avec ces pauvres gars même s’ils ne le reconnaissent pas. Et comme le Nazaréen s’asseyait jadis à la table des pécheurs, le Ressuscité s’attable maintenant avec ceux qui ont perdu l’espoir et qui désertent l’Eglise qu’il a fondée. Et comme le Nazaréen demandait alors à ses disciples : « qui suis-je pour vous ? » le Ressuscité demande à ces compagnons désabusés « que s’est-il passé ? ». Ils n’ont pas compris, ils n’ont pas suivi, ils ont décroché. Leur échec n’est pas seulement scolaire, c’est l’échec de tout un programme de vie. Il faut tout reprendre à partir du commencement, relire les écritures, relire sa vie, partager les questions et les repas.
La Résurrection de Jésus n’a pas changé notre histoire d’un coup de baguette magique. Elle n’a pas aboli les souffrances humaines ni répondu miraculeusement à toutes les questions, elle introduit un processus de relecture et de reconstruction. Cela demande du temps. Le chemin peut être long. Il est toujours perçu comme trop long, interminable et imprécis, jusqu’à ce que l’évidence éclate et vous éblouisse dans un éclair. « Dieu était là, et je ne le savais pas ! »
Quand les disciples reviennent à Jérusalem, la communauté qu’ils rencontrent a aussi été transformée, renouvelée par la rencontre du Ressuscité. Prions pour que cela se réalise encore et toujours, aujourd’hui et pour chaque génération.
Evangile de Luc, 24, 13-35
13 Le même jour, deux disciples faisaient route vers un village appelé Emmaüs, à deux heures de marche de Jérusalem, 14 et ils parlaient ensemble de tout ce qui s’était passé.
15 Or, tandis qu’ils parlaient et discutaient, Jésus lui-même s’approcha, et il marchait avec eux. 16 Mais leurs yeux étaient aveuglés, et ils ne le reconnaissaient pas. 17 Jésus leur dit : « De quoi causiez-vous donc, tout en marchant ? » Alors, ils s’arrêtèrent, tout tristes. 18 L’un des deux, nommé Cléophas, répondit : « Tu es bien le seul de tous ceux qui étaient à Jérusalem à ignorer les événements de ces jours-ci. » 19 Il leur dit : « Quels événements ? » Ils lui répondirent : « Ce qui est arrivé à Jésus de Nazareth : cet homme était un prophète puissant par ses actes et ses paroles devant Dieu et devant tout le peuple. 20 Les chefs des prêtres et nos dirigeants l’ont livré, ils l’ont fait condamner à mort et ils l’ont crucifié. 21 Et nous qui espérions qu’il serait le libérateur d’Israël ! Avec tout cela, voici déjà le troisième jour qui passe depuis que c’est arrivé. 22 A vrai dire, nous avons été bouleversés par quelques femmes de notre groupe. Elles sont allées au tombeau de très bonne heure, 23 et elles n’ont pas trouvé son corps ; elles sont même venues nous dire qu’elles avaient eu une apparition : des anges, qui disaient qu’il est vivant. 24 Quelques-uns de nos compagnons sont allés au tombeau, et ils ont trouvé les choses comme les femmes l’avaient dit ; mais lui, ils ne l’ont pas vu. »
25 Il leur dit alors : « Vous n’avez donc pas compris ! Comme votre coeur est lent à croire tout ce qu’ont dit les prophètes ! 26 Ne fallait-il pas que le Messie souffrît tout cela pour entrer dans sa gloire ? » 27 Et, en partant de Moïse et de tous les Prophètes, il leur expliqua, dans toute l’Écriture, ce qui le concernait.
28 Quand ils approchèrent du village où ils se rendaient, Jésus fit semblant d’aller plus loin. 29 Mais ils s’efforcèrent de le retenir : « Reste avec nous : le soir approche et déjà le jour baisse. » Il entra donc pour rester avec eux. 30 Quand il fut à table avec eux, il prit le pain, dit la bénédiction, le rompit et le leur donna. 31 Alors leurs yeux s’ouvrirent, et ils le reconnurent, mais il disparut à leurs regards. 32 Alors ils se dirent l’un à l’autre : « Notre coeur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route, et qu’il nous faisait comprendre les Écritures ? »
33 A l’instant même, ils se levèrent et retournèrent à Jérusalem. Ils y trouvèrent réunis les onze Apôtres et leurs compagnons, qui leur dirent : 34 « C’est vrai ! le Seigneur est ressuscité : il est apparu à Simon-Pierre. » 35 A leur tour, ils racontaient ce qui s’était passé sur la route, et comment ils l’avaient reconnu quand il avait rompu le pain.
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